Mon travail, sous forme de portraits d'un certain type de jeunes de ma génération, est principalement axé sur l'exploration de thèmes tels que la médiatisation de l'image figurative sous l'esthétique post-numérique, l'évolution du concept de beauté qui en résulte, et l'impact de ces phénomènes sur la définition de notre identité culturelle.
Aujourd'hui, la très grande majorité des images figuratives qui circulent (tous types de médias confondus) sont étroitement reliées à un concept de beauté préfabriqué. Les stratégies formelles utilisées par les photographes de mode, par exemple, changent continuellement, remodelant sans cesse les canons de beauté, lesquels envahissent notre espace visuel à travers la publicité, la télévision, internet, etc, contribuant ainsi à définir notre idée même de l'image figurative, et, par conséquent, notre perception de nous-mêmes. C'est pourquoi je crois pertinent d'entrer dans cette «zone» de figuration, et d'en explorer les possibilités en dehors du contexte commercial afin de revendiquer cette sorte d'idéal de beauté contemporain, encore flou, qu'on peut apercevoir ici et là à travers ce qui n'est généralement qu'une esthétique de consommation.
Je construis mes tableaux selon des procédés habituellement considérés comme appartenant à la publicité ou au cinéma: mise en scène d'un sujet, éclairage, prise de photos, transormation de l'image-source par ordinateur, puis production d'une image finale. Mais l'utilisation du médium à peindre ramène cette image finale à un objet unique, à l'opposé de l'image publicitaire reproductible indéfiniment: c'est, en quelque sorte, une réappropriation par la peinture du rôle de fabricant d'images.
Je ne vise ni à critiquer ni à glorifier ce «monde artificiel» de l'image fabriquée qui nous enveloppe. Mais je ne peux nier ni mon appartenance à ce monde, ni son influence sur mon identité culturelle et sociale. C'est pourquoi j'utilise comme modèles les gens de mon entourage : eux aussi font partie de ce monde et, à travers leur individualité, leur réalité esthétique, physique, psychologique et émotive, ils sont à la fois témoins et spécimènes révélateurs de cette sorte de «zone» culurelle émergente, semi-virtuelle, qui inclut à la fois culture populaire et ce que l'on pourrait appeler l'avant-garde de l'image médiatique.
Tels sont, dans leurs grandes lignes, les enjeux qui orientent l'évolution de ma démarche. J'estime avoir déjà exploré certains aspects «modérés» de la problématique qui m'intéresse, et compte radicaliser mon approche au cours de mes prochaines séries.
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