Portraits                                                                    textes / texts      menu      par Yann Pocreau (2006)

 

      Le travail de Nicolas Grenier appelle indubitablement la fascination; pour ses possibilités de représentation, pour ses surfaces soigneusement colorées d’une lumière étrangement singulière, pour la justesse de sa touche et du dessin. D’emblée, les portraits présentés font face au regard, croit-on, sous la forme de photographies contrastée où la densité des couleurs et la luminosité soulignent construction, mise en scène et manipulations numériques. Ainsi, l’observation attentive et curieuse s’attaque à la surface uniformément colorée, scrutant détails et effets. Ce jeu de couleurs lumière, de transformation de celui-ci par les technologies numériques tout comme le travail de mise en scène de ses modèles repose en fait sur un travail de peinture précis et minutieux qui ne va pas sans tirer écho du photo-réalisme de Chuck Close ou encore d’Alex Colville. Grenier se joue ici des médiums, de la photographie, de la peinture et des questions que leur proximité soulève.

      La technique de peintre est parfaite, la copie maîtrisée et celle-ci, sans faille aucune. Ici, le réel s’est placé derrière une première déconstruction au profit de ce qu’il nomme « la fiction des couleurs »; un rendu que seules manipulations et effets numériques permettent. Il apparaît d’autant plus intéressant que la matière première s’avère effectivement plus photographique que picturale. Grenier se sert de la photographie numérique manipulée comme image source. Des images de jeunes souvent, d’amis dans la plupart des cas, retravaillées à l’aide du logiciel Photoshop et projetées sur la toile pour permettre à l’exactitude du détail de rencontrer les qualités lumineuses de la peinture. Walter Benjamin disait du peintre qu’il conservait dans son travail « une distance normale vis-à-vis de la réalité de son sujet » et  « au photographe de pénétrer profondément dans le tissu de la réalité donnée. » Grenier pénètre une réalité transformée, manipulée, effective et mise en scène. L’épaisseur subjective des individus est ici percée par l’application de cette pâte lumineuse, une matière éminemment numérique.

      Alors que ces scènes et portraits oscillent vers la photographie de mode et vers les nombreux possibles de leur reproductibilité, Grenier s’attaque à la toile durant de longues heures, enlevant à la photographie le statut qui lui est propre, de reproductibilité et d’instantanéité. Loin des préoccupations mimétiques qu’offre la photographie, Grenier utilise plutôt les modes intrinsèques de la photographie numérique comme paramètre de travail. La peinture ici ne s’offre que comme matériau de construction physique de la photographie, un mode d’impression paradoxalement lié de très près à un savoir-faire indéniable. Nicolas Grenier pose ici la question de la peinture face aux nouveaux médias, à son statu, à son histoire. Ne mentant jamais sinon que très peu à la projection de ses images sur la toile vierge; l’impression numérique aurait pu être une option. Grenier prend plutôt une forte position esthétique, savamment manipulée.